Inde et frontière pakistanaise

Reportage à la frontière entre l’Inde et le Pakistan

Changement de décors. Arrivée de toute l’équipe à New Delhi qui est reçu à grand renfort de banderole par la délégation humaniste indienne. Cette fois, nous passons du statut de marcheurs à celui de pèlerins. Nous vivons pendant trois jours « à la Gandhi », soit avec le stricte minimum et dans un confort spartiate. Nous sommes hébergés dans l’ancienne demeure de l’épouse de Gandhi qui faisait également office de bureau pour le héros de la non-violence. La bâtisse est délabrée et presque vide. Nous dormons sur des matelas, hommes et femmes séparés. Les douches sont dans les toilettes et l’eau tombe au goutte à goutte. Repas végétariens très simples. L’hygiène laisse à désirer mais nous commençons à nous habituer à ce confort minimaliste.

Nous marchons une dizaine de kilomètres en plein traffic, le bruit et la canicule. Nous sommes assez peu nombreux aujourd’hui et nous nous en étonnons, ici sur la terre qui a vu la naissance de la non-violence. Sans doute les Indiens, la plupart dans la survie, ont-ils d’autres priorités que celle de marcher pour la paix. Sans doute auraient-ils plus d’élan à marcher pour du pain, de l’eau salubre et un salaire digne… Dans l’après-midi, nous rencontrons la petite-fille de  Gandhi, Tara Gandhi Bhattacharji, une très belle femme au visage doux et serein. Je suis touchée par son humilité en nous rappelant qu’elle n’est que sa petite-fille biologique et ne peut prétendre à aucune de ses qualités. Nous nous rendons sur le lieu de son assassinat avant d’assister à un merveilleux mais interminable spectacle de danses indiennes dédiée à la non-violence. Comme toujours, nous piquons du nez, complètement exténués. Nous continuons à dormir entre 3 et 4 heures par  nuit, à nous lever à l’aube pour parcourir des centaines de kilomètres, en train, en bus, en rikshaws ou en touk-touk et dans toutes les directions! Nous sommes tous les 2 jours dans un aéroport et faisons et défaisons nos valises 2 fois par jour. Nos conditions de vie sont tellement différentes de chez nous que cela nous demande aussi un énorme effort d’adaptation, de patience et d’ouverture.bus Rester dans la gratitude, c’est tout ce qui compte. Notre équipe s’est séparée en quatre groupes, chacun avec des activités différentes à travers le pays. L’on m’a affecté la mission « Amritsar » avec deux autres compagnons de route, Micky et Stéfano.

Hier soir, j’ai vécu l’une des nuits les plus pénibles de ma vie… Déjà, nous avions fait dans la journée 7 heures de train (indien) pour nous rendre à Amritsar et rencontrer des autorités sikhs. Visite express du célèbre temple d’or, haut-lieu de pèlerinage des Sikhs, puis retour le soir même en bus-couchettes. Déjà mal en point suite à une petite intoxication alimentaire, assoiffée d’heures de sommeil et éprouvée par nos nombreux déplacements, je n’étais pas au top de ma forme. Mais quand j’ai vu la tête des couchettes….j’ai cru verser: des cages à lapins les unes sur les autres et deux « lapins » (passagers) par cage!, chaleur suffocante et juste une craquée d’Indiens à bord! Ce n’est pas compliqué, pour parvenir à mon « casier-dodo », j’ai dû enjamber des passagers déjà couchés sur le sol, au milieu du couloir. Et moi qui suis claustrophobe, j’ai cru mourir. Quand le bus est parti, j’ai fondu en larmes dans les bras de ma voisine indienne qui me tapotait tendrement les jambes pour me consoler. Le pire, pas de toilettes à bord. J’ai du me retenir longtemps avant d’appeler à l’aide au milieu de la nuit et demander à ce que l’on stoppe le bus de toute urgence, n’en pouvant plus. Ainsi, deux fois j’ai enjambé un pare-terre d’Indiens endormis pour me soulager devant la porte de l’autocar, sous les yeux blasés des passagers… Au diable les bonnes manières et la pudeur! Ici, tout le monde a le cul à terre.

bus1La leçon de cette nuit, c’est ma douce voisine indienne qui me l’a donnée: « pourquoi vous laissez affecter par de si petites choses alors que votre mission est si grande? » Oui, vous avez tellement raison bien chère Madame et je vais tâcher de me ressaisir.  Mais on n’apprend pas du jour au lendemain à se contenter de moins que rien quand on vient d’un autre monde où tout n’est que luxe, abondance et coquetterie.

Retour ce matin à 6 heures à New Delhi, barbouillés et poisseux. Une bonne douche au centre Gandhi et nous voilà requinqués ou presque. Ouf, nous avons trouvé une connexion internet et je peux enfin publier mes histoires et envoyer mes communiqués de presse. Je n’ai toujours pas une minute pour écrire à mes amis. Heureusement, le blog est là. Et déjà dans nos valises pour un nouveau départ ce soir en direction de Séoul, prochaine halte. Merci à nos amis indiens pour leur accueil chaleureux et cet apprentissage unique de la simplicité et du lâcher-prise.

4 Responses to Inde et frontière pakistanaise

  1. Alain 14 octobre 2009 at 12 h 24 min #

    courage Isabelle, on pense à toi et on t’envoie le meilleur d’ici

    Gros bisous
    Alain

  2. Jean Luc 14 octobre 2009 at 18 h 37 min #

    La kinésio c’est bon pour la claustro.
    Je suis ton périple depuis ma Sologne profonde et je suis de tout coeur avec toi.
    Amuses-toi bien (je trouve que c’est plus positif que bon courage)!!!
    Bisous.
    Jean Luc

  3. Fabian 15 octobre 2009 at 0 h 12 min #

    Nous pensons fort à toi, à ta mission, à cet engagement immense dont tu fais preuve pour nous tous, ceux qui savent comme nous, mais aussi tous ceux qui ignorent que la planète marche, qu’elle marche pour un futur meilleur, pour un futur raisonnable et respectueux, en paix.

    Merci à toi Isabelle, merci à tes compagnons marcheurs, merci à tous ceux qui se sont impliqués dans cet évènement planètaire, fondamentalement humain et généreux.

    Le futur sera ce que nous en ferons, et grâce à de belles personnes, comme toi et tant d’autres, l’espoir laisse la place à la confiance.

  4. Colette 20 octobre 2009 at 0 h 38 min #

    Isou très chère, J’essaie de t’envoyer tout le courage possible! L’Inde, c’est si difficile! Ce que tu racontes je n’en ai pas vécu le dixième, mais Vizag/Calcutta en train avec 40° de fièvre, c’était déjà synonyme d’enfer pour moi. Je peux imaginer ce que vous vivez et sincèrement j’espère que vous aurez droit à 1 jour de repos complet de temps à autre, histoire de tenir le coup! L’objectif le vaut bien, et vous l’atteindrez si vous êtes intacts. La non violence, c’est aussi envers votre corps, si possible. Mille pensées affectueuses et tout mon amour!

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